Dans un atelier d'Angers, une brodeuse tient son aiguille à quelques millimètres d'un panneau de palissandre. Elle brode depuis des heures — des jours, en réalité. Chaque perle de verre japonaise est posée à la main, point par point, selon un motif Art Déco microperforé dessiné par Maxime d'Angeac. Ce seul panneau — une tête de lit — mobilisera plus de mille heures de travail au total. Multiplié par le nombre de suites, c'est une œuvre de patience sans précédent dans l'histoire du train de luxe. Bienvenue dans les coulisses du grand retour de l'Orient Express en 2027 — non pas une restauration, mais une renaissance totale, confiée aux plus grands artisans d'art français.
Par Arnaud Dubois — Expert en trains de luxe depuis 18 ans · Aligre Voyages, Paris 12e ·
▶ Révélation officielle — Le nouvel Orient Express
La découverte : 17 fantômes à la frontière polonaise
Tout commence comme un roman d'aventure dont personne ne connaissait la fin. Pendant des décennies, les voitures originales de l'Orient Express avaient disparu des radars. Dispersées entre des dépôts oubliés, ferraillées, ou supposément perdues quelque part dans l'Europe de l'Est, elles semblaient condamnées à l'oubli. Puis un homme a cherché autrement.
Arthur Mettetal, historien interne de la marque Orient Express, a passé une décennie à éplucher des archives ferroviaires, des documents administratifs de la guerre froide et — surtout — des milliers de kilomètres de voies ferrées vus depuis l'espace, grâce à Google Maps et l'imagerie satellite 3D. Sa découverte : 17 voitures originales des années 1920 et 1930, anciennement connues sous le nom de « Nostalgie-Istanbul-Orient-Express », abandonnées à la frontière polono-biélorusse. Rouillées, envahies par la végétation. Mais là.
En 2018, après deux années de négociations délicates, le groupe Accor acquiert ce trésor ferroviaire. Un convoi exceptionnel, escorté par la police à travers plusieurs frontières, rapatrie les voitures en France. Les portières s'ouvrent pour la première fois depuis des décennies. L'odeur du bois vieilli, du cuir, d'une autre époque. La renaissance peut commencer.
Ce qui se passe ensuite dans les ateliers français est sans précédent dans l'histoire du voyage ferroviaire. Il ne s'agit pas de poncer et repeindre. Il s'agit de comprendre, de décoder, de recomposer — et, là où le temps a tout effacé, de réinventer. La mission est formulée clairement par Maxime d'Angeac dans le document officiel des artisans : « créer un cadre dans lequel le passager évolue, et non un simple décor ». Une philosophie. Celle de la facilité élégante.
« En 18 ans de spécialisation dans les trains de luxe, je n'ai jamais vu une ambition comme celle-ci. Ce n'est pas la restauration d'un train — c'est la mobilisation de tout ce que la France produit de meilleur dans ses ateliers d'art. Un projet pharaonique, au sens littéral. » — Arnaud Dubois · Aligre Voyages, Paris 12e
Direction artistique · Vision · Néo Art Déco
Maxime d'Angeac : le chef d'orchestre du néo Art Déco ferroviaire
En 2021, Sébastien Bazin — PDG d'Accor — confie à l'architecte et décorateur Maxime d'Angeac la direction artistique de l'ensemble de la marque Orient Express. C'est un choix précis. D'Angeac est spécialiste du luxe résidentiel et hôtelier de très haute gamme, profond connaisseur de l'Art Déco français, de ses maîtres — Ruhlmann, Dunand, René Prou, Suzanne Lalique-Haviland — et de ce que cette esthétique produit : la rigueur géométrique au service de la sensualité des matières.
Sa posture est clairement posée : ne pas copier. Ni reproduire. Prolonger. « Maxime d'Angeac et ses équipes ne réinterprètent pas le passé, ils en prolongent l'esprit », précise le document officiel des artisans. C'est une nuance capitale. Il s'agit de créer quelque chose qui ressemble à ce que René Prou et Suzanne Lalique auraient fait s'ils travaillaient en 2025 — avec les matériaux d'aujourd'hui, les exigences de durabilité et de sécurité ferroviaire d'aujourd'hui, et la sensibilité esthétique d'aujourd'hui.
Sa méthode est celle d'un grand ensemblier, dans la tradition des chefs de chantier Art Déco des années 1920. D'Angeac dessine chaque pièce — jusqu'aux vis estampillées Orient Express. Il choisit chaque artisan pour sa discipline spécifique. Il coordonne leurs productions pour que le tout forme une unité cohérente. Et il intègre des exigences que ses prédécesseurs de 1925 n'avaient pas : sécurité incendie, vibrations à 200 km/h, poids maximal par voiture, durabilité sur 30 ans de service.
Le résultat de cette vision a été présenté au Musée des Arts Décoratifs de Paris dans le cadre de l'exposition du centenaire de l'Art Déco — le travail de d'Angeac mis en regard des créations d'origine de 1925, comme deux chapitres d'une même histoire. L'institution avait compris avant tout le monde que ce train serait non pas seulement un moyen de transport, mais une œuvre d'art globale — « vitrine des savoir-faire français », selon ses propres termes.
« Tout a débuté autour de dessins, de croquis et de maquettes réalisés à la main. Un travail millimétré. Comme avant. En me glissant dans la peau de ses créateurs, de René Prou à Suzanne Lalique, j'ai tenté de réinterpréter l'histoire de ce train de légende, sans nostalgie aucune, mais avec le désir de prolonger son histoire. » — Maxime d'Angeac, directeur artistique Orient Express
Les coulisses · Les suites · 15 savoir-faire en un seul espace
Les artisans des suites : plus de quinze savoir-faire en un seul espace
Les suites de l'Orient Express 2027 sont le résultat d'une équation impossible résolue par la grâce de l'artisanat. Leur composition repose sur le motif du cercle — symbole d'harmonie et d'équilibre. Les boiseries précieuses encadrent les fenêtres et prolongent la ligne du paysage en mouvement. Les murs gainés s'inspirent du motif Rail de Suzanne Lalique-Haviland. Les têtes de lit en palissandre verni, brodées à la main, traduisent la virtuosité du savoir-faire français. L'atelier Paul Champs, chef d'orchestre de la suite, a coordonné plus d'une quinzaine de savoir-faire différents pour un seul espace.
Paul Champs — l'agenceur, artisan de la mise en espace
L'Atelier Paul Champs est le maître d'œuvre de la suite. C'est lui qui transforme le dessin et l'intention de Maxime d'Angeac en objet architectural — boiseries en palissandre, habillages muraux, mobilier intégré, salle de bain. Fondé à Brest en 1936 par le grand-père de Paul-Emmanuel Champs — actuel Maître d'Art — l'atelier brestois est une Entreprise du Patrimoine Vivant spécialiste de l'agencement naval. Cette double culture — ferroviaire et maritime — est un atout précieux pour comprendre les contraintes d'un espace en mouvement.
« Il ne faut jamais se limiter dans son espace, qu'il soit géographique, physique, intellectuel », dit Paul-Emmanuel Champs. Une philosophie qui se lit dans chaque détail de la suite : les panneaux de palissandre qui s'emboîtent au millimètre, les dressings intégrés qui disparaissent dans les boiseries, la salle de bain en marbre accessible par une porte coulissante qui ne grince pas même à 200 km/h.
Ateliers Jouffre — la Grande Transformation : du salon à la chambre en 2 min 30
La pièce centrale des suites est aussi une prouesse d'ingénierie : la Grande Transformation. Le principe est le suivant — de jour, la suite est un salon avec canapés et sofas profonds. De nuit, en moins de 2 minutes 30 secondes, par une seule personne, le salon disparaît et un lit de 140 × 200 cm apparaît. Ce système modulaire inédit a été entièrement mis au point par les Ateliers Jouffre.
Créés en 1987 par Charles Jouffre, les Ateliers Jouffre sont une Entreprise du Patrimoine Vivant implantée à Paris, Lyon, New York et Rabat. Leur signature : collaborer aux projets historiques les plus prestigieux — dont le Palais de l'Élysée. Pour l'Orient Express, ils ont associé savoir-faire artisanal du tapissier et outils numériques pour mettre au point des volumes et des formes d'assises inédits. Le fauteuil Métronome — posé sur une demi-sphère en acier poli miroir — illustre leur philosophie : une assise moelleuse et mouvante qui accompagne subtilement les mouvements du corps, grâce à un léger balancier d'avant en arrière. Une ode à la contemplation du temps qui passe.
Chauvet — la ferronnerie d'art au service du détail
L'atelier Chauvet, entreprise familiale fondée en 1974 à Vouillé, près de Poitiers, est l'artisan des structures métalliques du train. C'est lui qui a fabriqué les demi-sphères en acier poli miroir du fauteuil Métronome et du tabouret Diapason. C'est lui aussi qui a réalisé le travail de métallerie sur mesure de la fenêtre — véritable pièce maîtresse de la suite, traitée comme un objet précieux, gansée de cuir tressé, intégrant l'ensemble des éléments techniques et décoratifs, dont le store brodé par Lesage.
Le tabouret Diapason — imaginé à la manière d'un bilboquet — illustre parfaitement la collaboration entre Chauvet et Jouffre : structure en acier poli miroir gravé (Chauvet) et galette amovible en cuir tissé (Ateliers Lily & Léa) sur un plateau en palissandre verni. Un objet qui se transforme tour à tour en tabouret ou en table d'appoint. « Un vrai bijou », selon le document officiel des artisans.
Jean-Brieuc Atelier — broderie sur bois : 1 000 heures pour la tête de lit
L'histoire de Jean-Brieuc Atelier avec l'Orient Express commence par une révélation. Au salon Révélations à Paris en 2022, l'atelier y expose « COSMO » — un meuble bar en bois d'érable moucheté et noyer massif, brodé à l'aiguille après plus de mille heures de travail. Un objet qui n'existait nulle part ailleurs dans le monde des arts décoratifs : de l'ébénisterie et de la haute couture fusionnées en une seule pièce. Maxime d'Angeac voit le meuble, comprend, et intègre l'atelier au projet Orient Express.
Fondé en 2012 à Angers, Jean-Brieuc Atelier est pionnier dans la technique de broderie sur bois. Pour l'Orient Express, la mission est de créer la tête de lit des suites — pièce maîtresse de l'espace. La technique : sur un panneau de palissandre conçu par l'agenceur Paul Champs, l'atelier microperfore d'abord le motif circulaire Art Déco dessiné par d'Angeac, avant de le broder à l'aiguille de perles de verre japonaises, point par point, pendant des centaines d'heures. Dans la suite présidentielle, la technique monte encore d'un cran : le panneau de velours est orné de perles, cordelettes et soutaches, créant un décor d'une richesse tactile et visuelle inégalée.
« Ce panneau brodé rappelle le travail d'incrustation présent sur le train historique. Il en prolonge l'esprit d'innovation et de virtuosité. » — Document officiel Orient Express, artisans
Atelier Barrois — le miroir sorcière et l'art du verre d'exception
Accroché dans chaque suite : un miroir sorcière bombé sur mesure, adapté à la largeur exacte de 198 cm de la cabine. Son cadre en poli miroir est un clin d'œil aux rétroviseurs bombés disposés sur les quais de gare pour les conducteurs de train, et une référence aux décors historiques des wagons-lits, tous ornés d'un petit miroir rond. Ce miroir a été réalisé par l'Atelier Emmanuel Barrois, maître verrier installé en Auvergne, Maître d'Art depuis 2010. Son équipe d'artisans, de techniciens et d'ingénieurs développe un savoir-faire verrier qui lui vaut de collaborer aux projets architecturaux les plus exigeants du monde.
Manufacture de Tapis de Bourgogne & Atelier Février — les tapis tels des étoiles
Maxime d'Angeac a co-dessiné les tapis avec l'Atelier Février, studio de design fondé en 2015 par Isha Mukhia Pretet et Florian Pretet, où chaque tapis naît d'un dessin au crayon. La fabrication a été confiée à la Manufacture de Tapis de Bourgogne, créée en 1958 en Saône-et-Loire, l'un des derniers représentants français du savoir-faire textile de tapis tuftés entièrement réalisés à la main.
Trois créations : un tapis aux constellations imaginaires — laine blanche sur fond bleu nuit, écho aux incrustations en coquille d'œuf de Jean Dunand — orne les suites. Un second, aux lignes vibrantes et teintes chaudes, habille les couloirs. Un troisième, au motif géométrique de feuilles de bananier rappelant les marqueteries Art Déco du train de 1924, couvre le sol du wagon-bar. La palette chromatique a été élaborée à partir d'une bibliothèque de plus de 3 000 couleurs.
Ateliers Philippe Coudray — les tentures, ou la haute couture de l'espace
Labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant, fondés en 1974 à Pantin, les Ateliers Philippe Coudray perpétuent la tradition du tapissier-ensemblier, avec pour mission de faire revivre les grands décors à la française. Sur les murs des suites, ils ont donné corps à une réinterprétation audacieuse du motif Rail de Suzanne Lalique-Haviland — d'Angeac ayant joué avec l'échelle du dessin originel et travaillé les volumes. Les stores des suites intègrent des broderies Lesage. Le tissu en fil métallique tissé des voitures-restaurants est, lui, une innovation matérielle à part entière.
Cartier — les horloges du voyage lent, numérotées une à une
Cartier, fondée à Paris en 1847, a co-créé avec Maxime d'Angeac trois modèles d'horloges pour le nouvel Orient Express. Dans chaque suite : une horloge pivotante unique et sur mesure, numérotée de 1 à 35 — sans numéro 13 — toujours à l'heure de Paris, et sans réveil. L'absence de réveil est un manifeste : à bord de l'Orient Express, le temps n'est pas quelque chose dont on doit se méfier. Il se savoure.
Dans le wagon-bar, douze horloges murales rythment la vie du train selon les moments propres au voyage : Cocktail, Lunch, Coffee, Aperitif, Breakfast, Dinner. Non pas les heures du monde. Les heures de l'Orient Express. Le modèle de la suite présidentielle reste, pour l'heure, secret.
Le wagon-bar · Second Empire & Art Nouveau réinventés
Le wagon-bar : sous les coupoles, le faste du XIXe siècle réinventé
Le wagon-bar de l'Orient Express 2027 est une réinterprétation de deux grands courants décoratifs : le Second Empire et l'Art Nouveau. Les colonnes élancées organisent la perspective. Les banquettes en velours côtelé vert vibrant — Ateliers Jouffre — structurent l'assise et animent l'ensemble. Les boiseries en palissandre et les chapiteaux à la patine dorée instaurent un dialogue entre chaleur du bois et éclat du métal. Le bar lui-même, flûté de verre, s'inspire du travail de René Lalique. Une pendule murale, des boutons d'appel pour le service et le champagne — tout évoque l'esprit hédoniste des grands voyages.
Atelier Barrois — sept coupoles qui évoquent le Cirque d'Hiver
Sept coupoles en verre sablé coiffent le wagon-bar. Leur forme évoque l'univers circassien — on pense au Cirque d'Hiver, à la fête, aux voûtes des chapiteaux — tout en rendant hommage à l'âge d'or du voyage et à l'Orient-Express de 1883, à l'époque où l'Art Nouveau célébrait les courbes et les matières. Ces coupoles sont une solution architecturale ingénieuse : elles permettent de gagner en hauteur et d'offrir une impression d'espace et de mouvement dans un wagon aux dimensions nécessairement contraintes. Dix-huit colonnes légèrement inclinées, des lignes souples, une atmosphère opulente.
Atelier Bernard Pictet — palmes de bananiers dorées à la feuille
Deux imposants panneaux de verre ornent le wagon-bar — de grandes palmes de bananiers habillées de feuilles d'or, pensés pour résister aux secousses du train. L'Atelier Bernard Pictet, fondé en 1981 en région parisienne et labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant, a combiné deux techniques : le sablage et le burinage — très en vogue dans les années 1930 — qui consiste à éclater le verre au burin depuis une gorge préalablement taillée, produisant des éclats qui diffractent la lumière. Vient ensuite la dorure : d'abord à la feuille d'argent teintée de noir, puis un nouveau passage au burin, avant l'application finale de la feuille d'or qui révèle le décor luxuriant.
Étienne Rayssac — sculpteur ornemaniste : des frises aux poignées de portes
Étienne Rayssac est Maître d'Art sculpteur et ornemaniste, installé dans le XIe arrondissement de Paris depuis plus de vingt-cinq ans, labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant en 2011. Son palmarès : Château de Versailles, Château de Fontainebleau, Dôme des Invalides, Musée Rodin. Pour l'Orient Express, il a sculpté absolument tout ce qui se sculpte : les frises du bar, les frises des tables, les frises des suites, les panneaux, les chapiteaux de colonne, les frisages, les pilastres — jusqu'aux poignées de portes et aux pétales des appliques.
Il signe également un grand bas-relief aux accents Art Déco, où feuilles de vigne et grappes de raisin rendent hommage à la maison Lalique. Ce travail illustre la singularité de ce projet : ici, comme le précise le document officiel, « absolument tout est dessiné ».
Rinck — l'ébénisterie d'art du Faubourg Saint-Antoine
Rinck, née dans le Faubourg Saint-Antoine — berceau historique des ébénistes parisiens — est l'agenceur du wagon-bar et du wagon-restaurant. L'atelier a donné corps aux dessins de d'Angeac : boiseries en palissandre, habillages muraux, mobilier intégré, luminaires, jusque dans le moindre détail. Sa signature : la maîtrise d'artisanats rares — marqueterie, sculpture sur bois, dorure à la feuille, vernis au tampon. En coordonnant les différents savoir-faire impliqués, Rinck a veillé à la parfaite continuité entre l'intention et la matière, entre l'idée et l'émotion.
Le wagon-restaurant · Arts de la table · Dinanderie · Orfèvrerie
Le wagon-restaurant : quand chaque couteau raconte une histoire
La décoration du wagon-restaurant est une réinterprétation du motif Rail conçu pour le train historique par Suzanne Lalique-Haviland. Le plafond miroité évoque les verrières monumentales des gares européennes du XIXe siècle — réinterprétées en arcatures coffrées de bois laqué, conciliant rigueur architecturale et chaleur du décor. À l'extrémité : une cuisine ouverte visible à travers une paroi de verre ondulant, réinterprétant la transparence des anciennes voitures-restaurants. Sur les tables : Christofle, Haviland, Moser, et un couteau dont le manche est taillé dans le bois d'un wagon historique.
Sur les parois du wagon-restaurant : plus de 1 200 briques dorées façonnées à la main, réalisées par les Ateliers d'Offard. La technique utilisée est le carton-pierre — un matériau issu du recyclage de chutes de papier, utilisé au XVIIIe siècle pour les ornements architecturaux de Versailles, Fontainebleau et Chambord, remis au goût du jour par l'atelier. Le relief quadrillé est sculpté, puis doré à la feuille d'or et brossé pour créer des reflets mouvants — captés et magnifiés quelle que soit l'heure de la journée.
Fondé en 1999 à Tours par François-Xavier Richard, labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant, les Ateliers d'Offard ont reçu en 2009 le Prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main. Ils perpétuent la tradition du papier peint à la planche et remettent au goût du jour des techniques ancestrales — gravure, moulage, pose, teinte — en les combinant avec des outils numériques innovants.
Nathanaël Le Berre — la dinanderie : un art médiéval ressuscité
Les arcatures du wagon-restaurant ont été réalisées par Nathanaël Le Berre selon la technique de la dinanderie — un art médiéval qui consiste à marteler le métal (cuivre, laiton ou étain) pour lui donner sa forme, sans recourir au moulage. Héritée de la ville de Dinant en Belgique, cette technique exige la maîtrise du geste et la précision du rythme. Le Berre travaille avec des outils d'époque — les marteaux en acier et le maillet en bois des années 1920 du dinandier Gabriel René Lacroix, qu'il a acquis et intégrés à sa pratique.
Installé à Aubervilliers, fondant son atelier en 2004, Nathanaël Le Berre a reçu en 2019 le Prix Liliane Bettencourt pour l'intelligence de la main — la plus haute distinction artisanale française. Un hommage à Jean Dunand, qui avait porté la dinanderie à un rang artistique majeur, guide implicitement ce travail.
Christofle — la collection Atlantide renaît, une archive rouverte
La Maison Christofle, fondée en 1830, accompagne l'Orient Express depuis la fin du XIXe siècle — quand elle habillait déjà les wagons-restaurants de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits de couverts d'une élégance sans pareille. Pour la renaissance de 2027, Christofle a accompli un geste exceptionnel et rare dans l'histoire de la Maison : rééditer la collection Atlantide. Créé dans les années de l'Art Déco, ce service incarne la modernité géométrique de l'époque. Remettre en fabrication un modèle des archives — avec la même exigence de perfection qu'à son origine — est un acte patrimonial autant qu'artisanal.
Haviland — deux ans de co-développement pour les assiettes de l'Orient Express
Haviland, fondée à Limoges en 1842, est intimement liée à l'histoire de l'Orient Express. Dès les années 1920, elle collaborait avec Suzanne Lalique — fille de René Lalique — pour créer les assiettes des wagons-restaurants. Ce lien historique se prolonge en 2027 : Haviland s'est associée à Maxime d'Angeac pour un travail de co-développement mené sur plus de deux années, donnant naissance à une collection d'assiettes ornées rendant hommage à cet héritage. La porcelaine de Limoges y trouve sa plus belle expression contemporaine.
Moser — le cristal de Bohême et la Veilleuse de Nuit ressuscitée
Les verres de l'Orient Express 2027 sont signés Moser, fondée en 1857 à Karlovy Vary — l'une des plus anciennes manufactures de verre d'Europe encore en activité, reconnue par le Comité Colbert. Maxime d'Angeac a collaboré avec Moser pour concevoir une nouvelle collection : verres à eau, à vin, à martini, à long drink, à whisky, et une carafe de nuit — la célèbre Veilleuse de Nuit — retrouvée dans les archives de la Maison et réinterprétée avec fidélité. Cristal de Bohême sans plomb, taille manuelle — un savoir-faire que peu de manufactures dans le monde sont encore capables de produire.
Atelier Perceval — un couteau dont le manche est taillé dans un wagon historique
C'est peut-être le détail le plus poétique de tout le projet. L'Atelier Perceval, coutellerie artisanale de Thiers labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant, a réalisé pour l'Orient Express un couteau unique : son manche est façonné à partir du bois récupéré d'un wagon historique du train. Et le numéro du wagon d'origine est gravé sur le manche. Le couteau qu'on tient à table porte en lui l'histoire de la voiture dans laquelle on voyage. Objet de collection autant qu'ustensile gastronomique — c'est l'Orient Express condensé en un objet de 20 centimètres.
Projection immersive · Ce que vivront les passagers en 2027
À bord en 2027 : quand tout est pensé comme une œuvre d'art totale
L'Orient Express 2027 est une philosophie autant qu'un train. Celle de la facilité élégante — l'idée que le luxe vrai ne se remarque pas, il s'éprouve. On ne voit pas le luxe, on le vit. Passer du jour à la nuit. Du bar au restaurant. Des mondanités à l'intimité. Du salon à la chambre. Tout cela se dessine, se conçoit, et se réalise — grâce à la virtuosité des artisans d'art.
De jour, la suite est un salon privé : canapé d'angle moelleux, fauteuil Métronome qui se balance doucement avec le rythme du train, miroir sorcière bombé, horloge Cartier pivotante. La lumière naturelle entre large par les fenêtres gansées de cuir tressé. Le tapis aux constellations imaginaires amortit les sons. L'horloge — toujours à l'heure de Paris, sans réveil — rappelle que le temps, ici, est une matière généreuse.
À la tombée de la nuit, la Grande Transformation opère. En moins de 2 minutes 30 secondes, par une seule personne, le salon disparaît. Le lit de 140 × 200 cm prend sa place. On baisse les stores brodés par Lesage. Les appliques Pulsatil projettent une lumière chaude et tamisée. La tête de lit en palissandre brodé de perles de verre japonaises est l'objet qu'on regarde depuis le lit — comme on regarde une œuvre d'art dans un musée, sauf qu'on est allongé, et que le train traverse l'Europe dans la nuit.
La salle de bain — accessible par une porte coulissante silencieuse — est revêtue de marbre, avec robinetterie chromée sur mesure. Le dressing intégré disparaît dans les boiseries. Un cabinet de toilette complet, pensé dans le moindre détail pour fonctionner à 200 km/h sans rien sacrifier à l'élégance.
Le wagon-bar — champagne, velours vert et coupoles
Entrer dans le wagon-bar en fin d'après-midi, quelque part entre Vienne et Budapest, alors que la lumière décline sur les plaines hongroises — c'est l'une de ces expériences qui ne ressemblent à rien d'autre. Les sept coupoles en verre sablé laissent filtrer une lumière diffuse. Les banquettes velours côtelé vert accueillent. Les horloges murales Cartier indiquent « Cocktail ». Le barman pose le verre.
Les panneaux de verre dorés à la feuille par l'Atelier Pictet — leurs palmes de bananiers qui diffractent la lumière — créent un jeu d'ombres et de reflets qui change à chaque heure de la journée. Le bas-relief aux grappes de raisin sculpté par Étienne Rayssac veille en fond de salle. Le sol, recouvert du tapis aux motifs de bananier de la Manufacture de Bourgogne, achève de faire de cet espace quelque chose d'unique dans le monde ferroviaire.
Le wagon-restaurant — la table comme acte de civilisation
Au wagon-restaurant, on s'assoit dans le fauteuil à dossier incurvé — forme de tulipe — réalisé par les Ateliers Jouffre avec l'aide d'un spécialiste du skateboard pour obtenir la courbure exacte qui assure stabilité et enveloppement. Les 1 200 briques dorées à la main par les Ateliers d'Offard captent les reflets des nappes blanches. Le plafond miroité double l'espace. Les arcatures en dinanderie de Nathanaël Le Berre organisent la perspective.
Sur la table : les assiettes Haviland co-développées sur deux ans. Les verres Moser en cristal de Bohême. Les couverts Christofle collection Atlantide — rééditée spécialement. La théière Ganci aux facettes rectangulaires. Et au moment de couper la viande : un couteau dont le manche est taillé dans le bois d'un wagon historique, avec son numéro de wagon gravé. La table tout entière est un récit de l'art de vivre français.
« Ce que j'attends du plus au monde en 2027, c'est de dîner dans ce wagon-restaurant. Pas seulement pour manger. Pour comprendre ce que ça fait de tenir dans sa main un couteau dont le manche vient du train même sur lequel on voyage. C'est de la poésie concrète. » — Arnaud Dubois · Aligre Voyages, Paris 12e
L'itinéraire fondateur · Le retour de la ligne mythique
Paris–Istanbul 2027 : le retour de la ligne qui a tout inventé
Le 4 octobre 1883, l'Orient Express quittait Paris pour la première fois à destination de Constantinople. Il traversait Strasbourg, Vienne, Budapest, puis plongeait vers les Balkans jusqu'aux rives du Bosphore. Il n'était pas seulement un train — il était l'idée qu'on pouvait traverser toute une civilisation en restant confortablement assis, verre en main, devant un paysage qui changeait à chaque heure.
Paris–Istanbul est la ligne qui a inventé le voyage de luxe moderne. Et en 2027, le nouvel Orient Express d'Accor va la ressusciter. Plusieurs jours à travers l'Europe — de la Gare de Lyon aux rives du Bosphore. Des paysages successifs comme des chapitres d'un roman. Et à bord : les 32 suites créées par trente maîtres artisans.
L'Orient Express Paris–Istanbul est aujourd'hui assuré par le Venice Simplon-Orient-Express de Belmond — deux départs par an seulement, complet des mois à l'avance, à partir de 12 000 €. Le nouvel Orient Express d'Accor proposera sa propre version de ce voyage en 2027. Les deux trains se distingueront par leur esthétique, mais partageront la même ligne et le même imaginaire collectif. Deux expressions différentes du même mythe fondateur.
Ce que je dis à mes clients depuis des mois : les listes d'attente seront vertigineuses dès l'ouverture des réservations. Ce n'est pas une hypothèse — c'est une certitude. Un train de 32 suites, sur la ligne la plus mythique du monde, quelques fois par an maximum. Les places seront rares comme des premières d'opéra. La bonne stratégie : s'inscrire maintenant et être prêt.
Ce qui rend ce projet unique dans l'histoire du train de luxe
L'Orient Express 2027 n'est pas un train de luxe parmi d'autres. C'est un acte de civilisation. Trente maîtres artisans, des centaines de milliers d'heures de travail cumulées, des techniques héritées du Moyen Âge et des matériaux de demain — tout cela pour 32 suites qui traverseront l'Europe quelques fois par an.
Ce projet fascine parce qu'il refuse de choisir entre la mémoire et la modernité. Cartier co-crée des horloges sans réveil. Perceval fabrique des couteaux dont les manches viennent de wagons historiques. Jean-Brieuc Atelier invente la broderie sur bois. Nathanaël Le Berre ressuscite la dinanderie médiévale. Chacun apporte son siècle — et ensemble, ils créent quelque chose qui appartient à tous les temps.
Et quand ce train prendra les rails en 2027, les passagers comprendront quelque chose que notre époque a presque fait oublier : que voyager peut être, en soi, la destination.
FAQ — L'Orient Express 2027
Quand le nouvel Orient Express reprend-il les rails ?
Le lancement officiel est prévu pour 2027. Le train comprendra 18 voitures (dont 17 voitures historiques originales des années 1920-30) : 32 suites, 1 suite présidentielle, 1 wagon-restaurant, 1 wagon-bar.
Qui sont les artisans qui travaillent sur le nouvel Orient Express ?
Environ 30 maîtres artisans : Paul Champs (agencement, EPV, Brest 1936), Jouffre (tapissier, EPV, 1987, Élysée), Chauvet (ferronnier, Vouillé 1974), Jean-Brieuc Atelier (broderie sur bois, Angers 2012, meuble COSMO 1 000h), Rinck (ébénisterie d'art, Faubourg Saint-Antoine), Atelier Barrois (maître verrier, Auvergne, Maître d'Art 2010), Bernard Pictet (verrier, EPV, 1981), Ateliers d'Offard (papier peint et carton-pierre, Tours 1999, Prix Bettencourt 2009), Étienne Rayssac (sculpteur ornemaniste, EPV, Versailles, Fontainebleau), Nathanaël Le Berre (dinandier, Prix Bettencourt 2019), Pulsatil (luminaires), Philippe Coudray (tapissier-ensemblier, EPV, 1974), Manufacture de Tapis de Bourgogne (1958), Atelier Février (design tapis, 2015), Christofle (1830), Haviland (Limoges 1842), Moser (cristal de Bohême, 1857), Cartier (horloges sur mesure n° 1 à 35), Perceval (couteaux manche bois de wagon historique), Ganci (orfèvrerie, Milan 1926).
Qu'est-ce que la « Grande Transformation » dans les suites ?
La Grande Transformation est le système modulaire inédit conçu par les Ateliers Jouffre qui transforme le salon de la suite en chambre de nuit en moins de 2 minutes 30 secondes, par une seule personne. Canapés → lit de 140 × 200 cm. Ce système a nécessité des mois de recherche associant savoir-faire artisanal et outils numériques.
Que représentent les horloges Cartier à bord ?
Chaque suite dispose d'une horloge pivotante Cartier unique et sur mesure, numérotée de 1 à 35 (sans numéro 13), toujours à l'heure de Paris, et sans réveil. Les 12 horloges murales du wagon-bar indiquent non pas les heures standard mais les moments du voyage : Cocktail, Lunch, Coffee, Aperitif, Breakfast, Dinner. C'est un manifeste sur le rapport au temps dans le voyage lent.
Quel est le prix d'un voyage à bord de l'Orient Express 2027 ?
Les tarifs officiels n'ont pas encore été publiés. Compte tenu du niveau d'investissement artisanal (30 maîtres artisans, centaines de milliers d'heures de travail) et du positionnement ultra-luxe, les prix devraient largement dépasser les tarifs actuels du Venice Simplon-Orient-Express (dès 4 450 € Paris-Venise, dès 12 000 € Paris-Istanbul). Inscrivez-vous auprès d'Arnaud Dubois pour être informé en priorité →
Quelle est la différence entre le nouvel Orient Express et le Venice Simplon-Orient-Express ?
Le VSOE de Belmond utilise des voitures Art Déco authentiques des années 1920 dans leur état d'origine restauré. Le nouvel Orient Express d'Accor utilise ces mêmes voitures historiques mais entièrement recréées — refaites de zéro par 30 artisans contemporains dans un esprit néo Art Déco du XXIe siècle, avec toutes les exigences de confort moderne. Deux visions du même mythe.
Comment est pensée la pièce la plus remarquable du train ?
C'est probablement le couteau de table réalisé par l'Atelier Perceval de Thiers : son manche est façonné à partir du bois d'un wagon historique du train, avec le numéro du wagon gravé dessus. En tenant ce couteau, le passager tient une pièce de l'histoire du train même à bord duquel il voyage. C'est de la poésie concrète, au sens le plus littéral du terme.
Arnaud Dubois —
Expert en trains de luxe depuis 18 ans.
Fondateur de voyage-en-train-de-luxe.fr.
Arnaud Dubois organise des voyages sur mesure à bord des trains les plus prestigieux du monde pour une clientèle francophone exigeante, depuis l'agence Aligre Voyages, 16 rue Crozatier, Paris 12e.
Sources : Brochure officielle Orient Express « Lumière sur les artisans œuvrant pour l'Orient Express » (2024), orient-express.com, maximedangeac.com.
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Dernière mise à jour : · Sources : Brochure officielle Orient Express, orient-express.com, maximedangeac.com.
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