Des immensités nord-américaines aux lignes françaises les plus secrètes, Dominique Krauskopf développe un regard à la fois journalistique, photographique et profondément sensible sur le voyage en train.
« L’Orient-Express, le Rovos et le Canadien… derrière ces trains, il y a des histoires d’hommes qui furent pionniers dans leur domaine. »
Portrait de Dominique Krauskopf
Je suis journaliste, auteur et photographe, passionné par les grands espaces, le patrimoine et l’art du voyage. Depuis de nombreuses années, je parcours le monde, des immensités nord-américaines aux terres polaires, en passant par l’Amérique du Sud, pour en rapporter des images fortes et des récits sensibles. Mon travail mêle regard artistique, curiosité géographique et goût pour les rencontres.
Très attaché à ma région natale, j’ai consacré également plusieurs ouvrages à la Normandie et je présente une chronique TV hebdomadaire sur la chaîne BFM Normandie. Enfin, je suis auteur de beaux livres et également rédacteur en chef du portail Voyager-magazine.fr.
J’ai passé mon enfance à Sotteville-lès-Rouen, en Normandie, une ville cheminote réputée pour son triage. Mon grand-père était chef d’un poste d’aiguillage et chaque semaine je lisais la revue La Vie du Rail chez mes grands-parents. J’étais entouré de cheminots dans mon voisinage et particulièrement de « roulants » qui avaient souvent été mécaniciens de locomotives à vapeur.
De plus, mon père, passionné par les trains touristiques, ne manquait jamais une occasion de nous emmener les découvrir dans de nombreuses régions de France lors des vacances estivales. J’ai aussi assisté, dans ma ville, à la restauration de la locomotive à vapeur 231 G 558 dans les années 1980 par le Pacific Vapeur Club. Une association qui, à l’époque, rassemblait de très nombreux anciens cheminots, dont quelques-uns de mes voisins.
Lorsque je travaillais dans une radio locale, dans les années 1980, qui s’appelait Pacific FM, j’ai réalisé de nombreux reportages autour de la locomotive du Pacific Vapeur Club : la 231 G 558. Il est certain qu’à l’écoute de Claude Villers sur France Inter, cela a contribué à renforcer ma passion pour les voyages et les trains. J’ai toujours été curieux de ce qui m’entourait ; alors la photo et le journalisme sont devenus des moteurs.
J’ai toujours apprécié ma région, mais aussi la France et les horizons lointains. Lors de mes nombreux déplacements, j’en ai toujours profité pour conjuguer cela avec la découverte des trains de renom quand cela était possible. Il est inconcevable pour moi de visiter un endroit dans le monde où j’ai repéré en amont de mon voyage la présence d’un train exceptionnel. Le premier fut le Venise Simplon-Orient-Express.
Les trains qui l’ont le plus marqué
Le choix fut assez simple, j’ai souhaité présenter les trains les plus légendaires et ceux que j’avais pu emprunter lors de mes reportages.
L’Orient-Express, le Rovos Rail et Le Canadien. Parce que derrière ces trains, il y a des histoires d’hommes qui furent pionniers dans leur domaine.
L’Orient-Express pour l’esprit novateur de MM. Pullman (l’Américain) et Nagelmackers (le Belge) — c’est grâce à eux que se sont développés les grands express ; le Rovos car on y trouve un industriel sud-africain, Rohan Vos, qui voulait s’offrir son propre train (il fallait oser) ; et Le Canadien car ce train transcontinental a forgé le Canada en se développant d’est en ouest. Derrière ces trains d’exception, il y a quelque part le génie de femmes et d’hommes.
C’est le « Roi des trains », le plus original, le plus marquant, le plus littéraire… celui qui fait toujours rêver. C’est l’expérience ferroviaire haute couture du voyage, ça sent bon les années folles et tout ce qui illustre cette période : art de vivre, boiseries, cristal étincelant… Ce n’est pas un train, c’est un décor de cinéma roulant. C’est une parenthèse magique, entre slow travel et glamour total.
Beauté ferroviaire, patrimoine et expérience de voyage
Lorsque j’ai débuté l’ouvrage, j’avais la chance de connaître des trains très différents : celui de la baie de Somme, le Train Jaune, le Tramway du Mont-Blanc (TMB), le train du lac d’Artouste dans les Pyrénées, découverts durant mon enfance ; mais en fait j’étais loin de tous les connaître. J’ai pu, en préparant l’ouvrage, aborder d’autres chemins de fer qui relatent l’engagement associatif de bénévoles qui œuvrent à la sauvegarde du patrimoine et de nos lignes buissonnières.
Le tout à la fois, bien entendu !
Embarquer à bord de l’Orient-Express, c’est la plus belle expérience ferroviaire pour les raisons présentées ci-dessus : la beauté d’un train, le luxe, la ligne, le paysage, l’histoire. J’ajouterais le service, l’art de vivre, l’esprit huis clos, les rencontres improbables.
« Ce n’est pas un train, c’est un décor de cinéma roulant. »
L’avenir des trains de légende
Actuellement, nous assistons à la fois à l’ère low cost avec les TGV Ouigo et au renouveau du luxe ferroviaire. Il n’y a qu’à voir la renaissance de l’Orient-Express avec la complicité du groupe Accor, mais aussi avec le Dolce Vita Orient-Express en Italie, le futur Grand Tour du Puy du Fou… À cela s’ajoutent les trains de luxe du groupe Belmond (branche du groupe LVMH) : le Britannic Explorer, le Royal Scotsman.
Prochainement, le Dream of the Desert, le Samarkand Express. Il s’agit avant tout de trains de croisière ferroviaire pour voyageurs fortunés ou aisés. Le train de luxe est une niche, mais il connaît de nombreux adeptes à travers le monde.
Le plus simplement du monde, je me laisse embarquer et je vis l’instant, le voyage.
Le choix des images, c’est à la fois compliqué et excitant.
Oui, tout à fait. Trains et bateaux ont contribué à faire voyager les gens issus de tous horizons, à désenclaver le monde d’une certaine façon. Trains et bateaux ont fait rêver, et cela continue, même si de nos jours c’est devenu des outils de « voyage-plaisir ».
L’objectif, c’est de présenter des trains de luxe ou touristiques qui n’avaient pas été présentés dans les précédents ouvrages. De plus, il y a eu ces six dernières années de nouveaux trains qui ont fait leur apparition.
Tout dépend de ce que l’on recherche, la légende ou les paysages étonnants, mais je reviendrai à l’Orient-Express !