Aligre Voyages — 16 rue Crozatier, Paris 12e | Arnaud Dubois — Expert trains de luxe depuis 18 ans
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Entretien • Trains mythiques

Voyager en trains mythiques : entretien avec Dominique Krauskopf

Journaliste, auteur, photographe et rédacteur en chef de Voyager Magazine, Dominique Krauskopf revient ici sur sa passion pour les trains de légende, des petites lignes françaises au Venice Simplon-Orient-Express, en passant par le Rovos Rail, Le Canadien ou encore le Royal Scotsman.

Publication sur Voyage-en-train-de-luxe.fr Entretien éditorial Photographie, patrimoine et art du voyage
Dominique Krauskopf et son univers éditorial autour des plus beaux trains
Dominique Krauskopf est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés au voyage, au patrimoine et aux trains de légende.

Des immensités nord-américaines aux lignes françaises les plus secrètes, Dominique Krauskopf développe un regard à la fois journalistique, photographique et profondément sensible sur le voyage en train.

« L’Orient-Express, le Rovos et le Canadien… derrière ces trains, il y a des histoires d’hommes qui furent pionniers dans leur domaine. »

Portrait de Dominique Krauskopf

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ? Qui est Dominique Krauskopf en quelques mots ?

Je suis journaliste, auteur et photographe, passionné par les grands espaces, le patrimoine et l’art du voyage. Depuis de nombreuses années, je parcours le monde, des immensités nord-américaines aux terres polaires, en passant par l’Amérique du Sud, pour en rapporter des images fortes et des récits sensibles. Mon travail mêle regard artistique, curiosité géographique et goût pour les rencontres.

Très attaché à ma région natale, j’ai consacré également plusieurs ouvrages à la Normandie et je présente une chronique TV hebdomadaire sur la chaîne BFM Normandie. Enfin, je suis auteur de beaux livres et également rédacteur en chef du portail Voyager-magazine.fr.

Comment est née votre passion pour les trains, et en particulier pour les « trains mythiques » ? Y a-t-il un souvenir d’enfance ou un voyage déclencheur ?

J’ai passé mon enfance à Sotteville-lès-Rouen, en Normandie, une ville cheminote réputée pour son triage. Mon grand-père était chef d’un poste d’aiguillage et chaque semaine je lisais la revue La Vie du Rail chez mes grands-parents. J’étais entouré de cheminots dans mon voisinage et particulièrement de « roulants » qui avaient souvent été mécaniciens de locomotives à vapeur.

De plus, mon père, passionné par les trains touristiques, ne manquait jamais une occasion de nous emmener les découvrir dans de nombreuses régions de France lors des vacances estivales. J’ai aussi assisté, dans ma ville, à la restauration de la locomotive à vapeur 231 G 558 dans les années 1980 par le Pacific Vapeur Club. Une association qui, à l’époque, rassemblait de très nombreux anciens cheminots, dont quelques-uns de mes voisins.

Vous êtes à la fois photographe, auteur et rédacteur en chef de Voyager-magazine.fr : comment ces trois casquettes se complètent-elles autour du thème du voyage en train ?

Lorsque je travaillais dans une radio locale, dans les années 1980, qui s’appelait Pacific FM, j’ai réalisé de nombreux reportages autour de la locomotive du Pacific Vapeur Club : la 231 G 558. Il est certain qu’à l’écoute de Claude Villers sur France Inter, cela a contribué à renforcer ma passion pour les voyages et les trains. J’ai toujours été curieux de ce qui m’entourait ; alors la photo et le journalisme sont devenus des moteurs.

Avant vos ouvrages sur les trains, vous avez aussi travaillé sur les paysages et les régions. Comment le rail est-il devenu votre fil conducteur ?

J’ai toujours apprécié ma région, mais aussi la France et les horizons lointains. Lors de mes nombreux déplacements, j’en ai toujours profité pour conjuguer cela avec la découverte des trains de renom quand cela était possible. Il est inconcevable pour moi de visiter un endroit dans le monde où j’ai repéré en amont de mon voyage la présence d’un train exceptionnel. Le premier fut le Venise Simplon-Orient-Express.

Venice Simplon Orient Express Belmond
Le Venice Simplon-Orient-Express, premier grand train de renom mentionné dans l’entretien.

Les trains qui l’ont le plus marqué

Dans « Les plus beaux trains du monde », vous présentez 23 trains de légende sur les cinq continents. Comment avez-vous choisi ces trains parmi tous ceux qui existent ?

Le choix fut assez simple, j’ai souhaité présenter les trains les plus légendaires et ceux que j’avais pu emprunter lors de mes reportages.

Si vous deviez citer trois trains mythiques qui vous ont le plus marqué, lesquels seraient-ils, et pourquoi ?

L’Orient-Express, le Rovos Rail et Le Canadien. Parce que derrière ces trains, il y a des histoires d’hommes qui furent pionniers dans leur domaine.

L’Orient-Express pour l’esprit novateur de MM. Pullman (l’Américain) et Nagelmackers (le Belge) — c’est grâce à eux que se sont développés les grands express ; le Rovos car on y trouve un industriel sud-africain, Rohan Vos, qui voulait s’offrir son propre train (il fallait oser) ; et Le Canadien car ce train transcontinental a forgé le Canada en se développant d’est en ouest. Derrière ces trains d’exception, il y a quelque part le génie de femmes et d’hommes.

Rovos Rail en Afrique australe
Le Rovos Rail, l’un des trois trains mythiques les plus marquants selon Dominique Krauskopf.
Le Canadien de Via Rail au Canada
Le Canadien, grand train transcontinental qui a contribué à façonner l’imaginaire ferroviaire canadien.
L’Orient-Express occupe une place particulière dans l’imaginaire collectif. Qu’est-ce qui le distingue, selon vous, des autres trains de luxe ?

C’est le « Roi des trains », le plus original, le plus marquant, le plus littéraire… celui qui fait toujours rêver. C’est l’expérience ferroviaire haute couture du voyage, ça sent bon les années folles et tout ce qui illustre cette période : art de vivre, boiseries, cristal étincelant… Ce n’est pas un train, c’est un décor de cinéma roulant. C’est une parenthèse magique, entre slow travel et glamour total.

Extérieur du Venice Simplon Orient Express Belmond
Pour aller plus loin : le guide Orient-Express Paris–Venise.

Beauté ferroviaire, patrimoine et expérience de voyage

Dans « Les plus beaux trains de France », vous mettez en valeur des « petites lignes » et des trains parfois méconnus. Quelles sont vos plus belles surprises ferroviaires en France ?

Lorsque j’ai débuté l’ouvrage, j’avais la chance de connaître des trains très différents : celui de la baie de Somme, le Train Jaune, le Tramway du Mont-Blanc (TMB), le train du lac d’Artouste dans les Pyrénées, découverts durant mon enfance ; mais en fait j’étais loin de tous les connaître. J’ai pu, en préparant l’ouvrage, aborder d’autres chemins de fer qui relatent l’engagement associatif de bénévoles qui œuvrent à la sauvegarde du patrimoine et de nos lignes buissonnières.

Qu’est-ce qui fait, pour vous, la « beauté » d’un train : le luxe, la ligne, le paysage, l’histoire… ?

Le tout à la fois, bien entendu !

Comment décririez-vous l’expérience à bord d’un train comme l’Orient-Express à quelqu’un qui n’y a jamais voyagé ?

Embarquer à bord de l’Orient-Express, c’est la plus belle expérience ferroviaire pour les raisons présentées ci-dessus : la beauté d’un train, le luxe, la ligne, le paysage, l’histoire. J’ajouterais le service, l’art de vivre, l’esprit huis clos, les rencontres improbables.

« Ce n’est pas un train, c’est un décor de cinéma roulant. »

L’avenir des trains de légende

Comment voyez-vous l’avenir des trains de légende (Orient Express, trains de luxe, lignes touristiques) à l’ère du low cost et des préoccupations environnementales ?

Actuellement, nous assistons à la fois à l’ère low cost avec les TGV Ouigo et au renouveau du luxe ferroviaire. Il n’y a qu’à voir la renaissance de l’Orient-Express avec la complicité du groupe Accor, mais aussi avec le Dolce Vita Orient-Express en Italie, le futur Grand Tour du Puy du Fou… À cela s’ajoutent les trains de luxe du groupe Belmond (branche du groupe LVMH) : le Britannic Explorer, le Royal Scotsman.

Prochainement, le Dream of the Desert, le Samarkand Express. Il s’agit avant tout de trains de croisière ferroviaire pour voyageurs fortunés ou aisés. Le train de luxe est une niche, mais il connaît de nombreux adeptes à travers le monde.

Royal Scotsman Belmond en Écosse
Le Royal Scotsman, l’un des trains de luxe contemporains évoqués dans l’entretien.
Vos livres sont très visuels. Comment se prépare un reportage à bord d’un train : autorisations, repérages, choix des images… ?

Le plus simplement du monde, je me laisse embarquer et je vis l’instant, le voyage.

Le choix des images, c’est à la fois compliqué et excitant.

Vous avez aussi publié sur « Les plus beaux bateaux du monde ». Voyez-vous des parallèles entre les trains et les navires de légende ?

Oui, tout à fait. Trains et bateaux ont contribué à faire voyager les gens issus de tous horizons, à désenclaver le monde d’une certaine façon. Trains et bateaux ont fait rêver, et cela continue, même si de nos jours c’est devenu des outils de « voyage-plaisir ».

Vous préparez un nouvel ouvrage pour octobre : pouvez-vous nous en dire quelques mots (thème, approche, type de voyage) ?

L’objectif, c’est de présenter des trains de luxe ou touristiques qui n’avaient pas été présentés dans les précédents ouvrages. De plus, il y a eu ces six dernières années de nouveaux trains qui ont fait leur apparition.

Enfin, si vous deviez recommander un premier voyage en train « mythique » à un lecteur qui hésite encore, lequel serait-ce et pourquoi ?

Tout dépend de ce que l’on recherche, la légende ou les paysages étonnants, mais je reviendrai à l’Orient-Express !

À propos

Dominique Krauskopf

Dominique Krauskopf est journaliste, auteur et photographe. Il consacre une part importante de son travail aux paysages, au patrimoine, aux expériences de voyage et aux trains de légende. Il est également rédacteur en chef du portail Voyager-magazine.fr.

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